ÉPREUVE UNIFORME DE FRANÇAISCégeps du Québec

 

L'intégration des connaissances

 

L'élève a l'obligation d'intégrer dans sa rédaction des connaissances littéraires (voir sous-critère 3).

 

Deux types de connaissances sont possibles :

  1. les connaissances formelles renvoyant à l'analyse littéraire des textes à l'étude

  2. les connaissances culturelles renvoyant à tout ce qui est extérieur aux textes mais qui demeurent pertinentes au sujet (courants littéraires, auteurs, autres œuvres, éléments socio-historiques, etc.).

Il est nécessaire d'intégrer dans sa rédaction des connaissances renvoyant à ces deux types, soit pour prouver ce qu'on avance (c'est le cas des connaissances relatives à la forme des textes), soit pour renforcer la valeur d'un point de vue ou d'un argument en faisant des références ou des allusions à d'autres œuvres, à d'autres auteurs, à des éléments socio-historiques, aux courants littéraires pertinents, etc., ou en faisant des analogies avec d'autres œuvres (incluant le cinéma ou la chanson), d'autres auteurs, d'autres courants, etc.

 

Il faut se rappeler que le but principal de l'épreuve n'est pas de vérifier l'apprentissage par cœur de différentes connaissances, mais bien de vérifier la capacité de l'élève à rédiger un texte qui défend un point de vue sur une problématique qui s'appuie sur des textes littéraires et cela dans un français correct. Il faut donc porter ses efforts d'abord et avant tout sur une argumentation fondée sur les textes à l'étude et ne recourir qu'aux seules connaissances littéraires pertinentes au sujet ou aux textes à l'étude, dans le but d'enrichir la démonstration de son point de vue. Il est donc inutile, voire nuisible, de faire étalage de connaissances littéraires qui ne se rapporteraient pas au sujet ni aux textes, ou qui ne seraient pas utiles à la défense du point de vue retenu. Ainsi, l'intégration à la démonstration d'une seule connaissance culturelle et d'une seule connaissance formelle peut suffire si elles sont pertinentes et servent le propos de l'élève.

 

De plus, il est nécessaire que les connaissances utilisées dans la rédaction soient bien intégrées à la rédaction de l'élève, c'est-à-dire qu'elles soient incorporées dans son texte de manière naturelle, sans heurter la lecture, sans apparaître comme un cheveu sur la soupe, sans être plaquées. Une connaissance bien intégrée poursuit le souffle de la phrase qui précède et se marie sans problème avec la phrase qui suit. Généralement, une connaissance pertinente réussit tout naturellement ce tour de force.

 

Une révision approfondie des connaissances acquises lors des trois cours de français est inutile. En trois sessions, les élèves ont vu plusieurs éléments formels et culturels : il est impossible de les avoir tous oubliés comme il est impossible de se souvenir de tous.

 

Un survol rapide de ces différentes connaissances permet de se remémorer des principales et de ne retenir que les plus importantes.

 

Voici donc un rappel succint de connaissances littéraires susceptibles d'être utiles lors de l'épreuve. Évidemment, elles ne le seront pas toutes; quelques-unes seulement seront suffisamment pertinentes à la question retenue et pourront servir à la démonstration de l'élève.

 

Certaines notions ou certains courants n'ont peut-être pas été étudiés : il ne faut pas s'en inquiéter. Le bagage moyen de l'élève devrait largement suffire.

 

Les mots en caractères MAJUSCULES renvoient au vocabulaire approprié que l'on peut utiliser dans sa dissertation

 

 

1. Connaissances propres à l'analyse littéraire

1.1 notions générales

CHAMP LEXICAL
C'est un ensemble de mots ou d'expressions utilisés dans un texte (poétique, narratif, théâtral, etc.) qui renvoient à une notion commune, à une même idée qui traverse le texte ou une partie du texte.

Par exemple, un texte peut contenir un champ lexical d'amour, de liberté, de tristesse, de passage du temps, etc.

Un champ lexical est toujours le champ lexical de quelque chose (de l'amour, de la colère, de la tristesse, etc.). Ainsi, on évitera de dire qu'il y a un champ lexical sans préciser duquel il s'agit.

 

TONALITÉ
Tout texte est écrit de manière à dégager une impression d'ensemble, un ton, une atmosphère générale. Ainsi, un texte peut avoir un ton tragique, pathétique, ironique, comique, argumentatif, satirique, réaliste, etc. Ou un texte peut avoir une tonalité semblable à celle d'un discours courant, connu (plaidoirie, éloge, caricature, etc.).

 

FIGURES DE STYLE
Une figure de style est un emploi particulier du langage , un écart entre une expression utilisée réellement et une expression qui nous aurait semblé plus habituelle, plus courante, plus "normale".

 

Voici les principales :

 

ACCUMULATION, ÉNUMÉRATION, GRADATION
Juxtaposition de plusieurs mots de nature grammaticale identique ou appartenant à un groupe syntaxique identique.

Un livre, une pipe, un coin de verdure suffisaient à son bonheur.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort.
(Rimbaud)


ALLÉGORIE
Récit qui met en scène des personnes, des animaux ou des idées personnifiées dans le but de communiquer une idée abstraite, souvent une morale. Par exemple, la plupart des fables de La Fontaine sont des allégories.

 


ALLITÉRATION
Répétition d'une sonorité consonantique (consonnes) à intervalles rapprochés.

Drôle de drame.

Et je m'en vais
Au vent mauvais
(Verlaine)

 

U, cycles, vibrements divins des mers virides (Rimbaud)


ANAPHORE
Répétition d'un élément fixe dans une structure donnée, en début de vers.

Ceux qui pieusement...
Ceux qui copieusement...
Ceux qui tricolorent
Ceux qui inaugurent
(Prévert)

 

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir en pleurant.
(Verlaine)

 


ANTIPHRASE ou IRONIE
Figure qui consiste à employer volontairement un mot ou une expression pour signifier le contraire de ce qu'ils signifient d'ordinaire et ce dans le but de souligner ce que l'on pense.

Très drôle! Vraiment très drôle! (dit en réplique à une boutade, alors que c'est plutôt triste)

L'ironie est l'art de dire le contraire ce que qu'on veut laisser entendre tout en donnant suffisamment d'indices pour que le récepteur comprenne bien que l'on dit le contraire de ce qu'on peut comprendre en lisant le texte au pied de la lettre.

 

Il y a donc dans l'ironie un décalage entre l'expression apparente (ce qui est dit) et le fond réel de la pensée (ce qui est sous-entendu). L'ironie est une figure qui se saisit grâce au contexte dans lequel elle est énoncée, contexte permettant de ne pas interpréter au pied de la lettre ce qui est dit, mais plutôt de comprendre le sous-entendu. Pour faire de l'ironie, on utilise parfois la caricature (voir plus bas HYPERBOLE) ou l'absurde.

Monsieur le Baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie
car son château avait une porte et des fenêtres.
(Voltaire)

 


ANTITHESE ou CONTRASTE
Rapprochement, dans une même phrase ou dans des phrases successives, de deux mots ou deux groupes de mots de sens opposés afin que l'un mette l'autre en évidence.

Petite tête, gros bras.

Il est triste et gai. (Verlaine)

Nature, berce-le chaudement : il a froid. (Rimbaud)

Notez que les termes opposés n'appartiennent pas nécessairement au même groupe de mots.

 

À distinguer de l'OXYMORE (voir plus loin).

 


ASSONNANCE
Répétition d'une sonorité vocalique (voyelles) à intervalles rapprochés.

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.
(Verlaine)

 

CHIASME
Figure qui consiste à placer les éléments de deux groupes formant une antithèse dans l'ordre inverse de celui que laisse attendre la symétrie.

La neige fait au nord, ce qu'au sud fait le sable.

 


COMPARAISON ou SIMILITUDE ou SIMILARITÉ
Rapprochement de deux termes pour établir entre eux une ressemblance. Dans la comparaison on retrouve,

 


ELLIPSE
Suppression de mots grammaticalement attendus.

L'enfant parla avec la même autorité qu'un adulte.

 

L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles,
L'infini __ roulé blanc de ta nuque à tes reins ;
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'Homme __ saigné noir à ton flanc souverain.
(Rimbaud)

 


EUPHÉMISME
Remplacement d'un mot (ou d'une expression) par un autre moins brutal.

Ils ont disparu en mer = ils se sont noyés
Il s'est éteint = il est mort

 


HYPERBOLE (exagération, caricature)
Il s'agit d'une métaphore dans laquelle une intensité est ajoutée dans le but de produire une exagération.

J'étais morte de peur en apprenant cette nouvelle.

Il avait le visage sorti d'une bande dessinée.

 


LITOTE
Dire le moins pour laisser entendre le plus. La litote nie le contraire de ce que l'on veut dire. Elle se distingue de l'EUPHÉMISME par le fait qu'elle contredit le contraire, qu'elle est la négation du contraire de ce que l'on veut laisser entendre.

Ce n'est pas désagréable de partir en vacances. (= très agréable)

Je ne te hais point. (= je t'aime)

 


MÉTAPHORE
Désignation d'une réalité au moyen d'un terme qui renvoie à une autre réalité avec laquelle on veut établir un lien de similarité. Il s'agit d'une comparaison incomplète ou abrégée dans la mesure où le terme comparatif est toujours absent, le comparé pouvant également être absent.

Je brûle d'envie de le rejoindre. (je brûle comme un feu ardent)

L'or du soir qui tombe... Hugo (coucher de soleil: le soleil couchant est comme l'or).

Cet homme est un lion. (courageux comme un lion)

 


MÉTONYMIE et SYNECDOQUE
Désignation d'un objet au moyen d'un terme désignant un autre objet uni au premier par une relation logique (déduction) ou simplement naturelle. La synecdoque est une métonymie spécifique (elle ne concerne que le cas de prendre la partie pour le tout ou le tout pour la partie).

Il vit de sa plume. (cause pour effet : les écrits lui rapportent)

Les voiles au loin descendaient vers Harfleur. (partie: voile, pour un tout: voilier)

Il a acheté un bronze. (matière pour objet)

Boire un verre d'eau. (contenant pour contenu)

 


OXYMORE (paradoxe)
Rapprochement, dans un même syntagme (groupe de mots), de deux mots ou deux expressions de sens opposés. Les deux termes sont syntaxiquement liés, ce qui le distingue de l'ANTITHÈSE ou du CONTRASTE.

Mourir de rire
Un instant éternel
Passer une nuit blanche

Neige noire (titre d'un roman d'Hubert Aquin)

Sangloter d'extase (Verlaine)

Cette douce violence (Molière)

 


PÉRIPHRASE
Figure qui consiste à exprimer en plusieurs mots ce qui pourrait être dit en un seul.

L'oiseau d'acier (= l'avion)
Le cheval-vapeur (= la locomotive)

 


PERSONNIFICATION
Représentation d'une chose, d'un animal, d'une idée sous les traits d'une personne ou attribution de caractéristiques humaines à un objet, un animal ou une idée (dans ce cas, on dit aussi ANTHROPOMORPHISME).

Sur la mer Noire dorment les étoiles.
Le visage du vent pleurait dans les arbres.
La rivière chante.

 


RÉPÉTITION
Reprise du même mot ou groupe de mots dans la même construction syntaxique.

Il était beau, beau comme un dieu!

 

 

 

Il est possible de regrouper les figures de style selon qu'elle joue sur le sens, le contexte ou la matière plastique du message.

Sur le sens du message:

figures de similarité (ressemblances des éléments): comparaison, métaphore, périphrase, personnification, etc.
figures de contiguïté (co-présence des éléments) : métonymie, synecdoque, ellipse, oxymore, antithèse, paradoxe, etc.

Sur le contexte du message: ironie, caricature, hyperbole, etc.
Sur la matière formelle du message : assonances, allitérations, répétitions, anaphores, etc.

 

 

 

1.2 notions spécifiques au discours narratif

Le récit se définit comme une histoire mise en discours. L'histoire relève du contenu, le discours relève de la forme.

 

L'histoire met en scène des personnages qui évoluent dans des lieux précis à une époque donnée et qui vivent des événements. Les événements sont les désordres qui surviennent dans l'ordre habituel des choses, c'est l'EXTRA-ORDINAIRE vécu par un personnage.

 

Le discours, la forme narrative est la MANIÈRE de raconter l'histoire. Le narrateur présente les événements dans un style donné et sous un angle précis (d'un certain point de vue) en plus de décider de l'ordre temporel dans lequel il les présente.

 

Voici schématiquement les principales notions concernant le discours narratif :

 

 

Il y a différents types de narrateur et un narrateur peut emprunter différentes voix narratives :

TYPES DE NARRATEUR :

 

 

 

 

VOIX NARRATIVES :

 

 

 

 

FOCALISATION :
Le narrateur présente les événements selon un certain point de vue. C'est comme s'il existait une caméra qui donnait les différents angles choisis par le narrateur. Les informations fournies au lecteur peuvent être perceptibles (concrètes) ou imperceptibles (abstraites ou appartenant au monde imaginaire d'un personnage, comme les rêves, les souvenirs, etc).

 

Selon les informations données, la focalisation du narrateur varie comme une caméra au cinéma : interne si on voit ce qui se passe dans l'esprit d'un personnage, externe si l'on voit ce qui paraît de l'extérieur, et transposée si l'on voit la scène par le biais du regard d'un personnage (caméra subjective).

 

 

 

 

On aura compris que la focalisation transposée est au fond une focalisation externe qui passe par le regard de quelqu'un d'autre que le narrateur.

 

Ce graphique résume la théorie narratologique de Mieke Bal (Narratologie. Essais sur la signification narrative dans quatre romans modernes, Paris, Klincksieck, 1977), que l'on pourrait aussi appeler "ocularisation" dans la mesure où elle s'en tient à ce que l'œil du lecteur voit à travers le discours du narrateur.

 

Gérard Genette, un autre narratologue, propose dans Figures III (éditions du Seuil, collection Poétique, Paris, 1972), une théorie un peu différente.

 

Pour Genette, la focalisation répond à la question: "Qui voit dans l'histoire racontée?". Ce regard fournit le savoir que le narrateur transmet au lecteur. Genette propose trois focalisations:

 

 

 

PERSONNAGES ET RÔLES ACTANTIELS :
Au plan du contenu, de l'histoire, les personnages ne jouent pas tous un rôle équivalent. Le héros est plus important, des personnages secondaires viennent aider ou nuire au héros, etc. Voici le schéma des rôles possibles des personnages :

 

 

 

 

 

PERSONNAGES ET PROGRAMME NARRATIF :
Le héros veut ou doit accomplir une quête. L'histoire consiste à raconter la performance du héros. Des conflits peuvent surgir entre ce que veut le héros (son désir) et ce qu'il doit faire (la loi), tout comme ils peuvent survenir entre les personnages qui aident et ceux qui nuisent au héros qui, lui, FAIT quelque chose, AGIT. La performance du héros dépend de tous ces facteurs, c'est-à-dire de sa motivation à agir et de sa compétence à agir :

 

 

 

 

 

 

 

1.3 notions spécifiques au discours poétique


Ce qui caractérise la poésie est sa capacité à évoquer, à laisser sentir les choses plutôt qu'à les expliquer. Son discours est nécessairement plus près de la polysémie (plusieurs sens) et de la connotation (sens suggérés, évocatifs) que de la monosémie (un seul sens) et de la dénotation (sens premier, désignant un référent conventionnel). C'est là toute la différence entre un poème (polysémique, donc interprétable) et un panneau de signalisation (monosémique, ne signifiant qu'une seule chose).

 

C'est surtout la forme qui distingue clairement la poésie des autres types de discours. En plus des figures de style (voir plus haut), des éléments comme le rythme, la rime, la ponctuation, etc., sont à surveiller.

 

 

 


1.4 notions spécifiques au discours théâtral


Le théâtre est une narration que l'on met en scène. Le narrateur disparaît donc sauf pour donner les indications scéniques, appelées les DIDASCALIES.

Ce sont les dialogues entre les personnages qui permettent d'exposer l'action. La réplique est donnée entre les personnages et elle est variable : elle peut être un monologue (le personnage se parlant seul), une tirade (longue réplique) ou un aparté (s'adressant à l'auditoire comme si elle ne pouvait être entendue des autres personnages).

 

Une pièce de théâtre se divise en ACTES ou en TABLEAUX (ce sont les grandes parties de la pièce) lesquels sont divisés en SCÈNES qui présentent les actions des personnages. On peut appliquer certaines parties de la théorie du discours narratif (voir plus haut) au théâtre (notamment l'histoire).

 

Le théâtre classique s'est caractérisé par la règle des trois unités :

• unité d'action : une seule intrigue pour toute la pièce
• unité de temps : l'action se déroule dans l'espace de 24 heures
• unité de lieu : l'action se déroule dans un seul et même lieu.

Cette règle n'a plus cours depuis le romantisme (XIXe siècle) et le théâtre plus contemporain cherche à abolir le personnage ou à multiplier ses manifestations dans plusieurs médias différents.

 

 

 

 

2. Connaissances liées aux courants littéraires

2.1 la littérature française

LE CLASSICISME (1660-1690)
Courant qui se caractérise par l'imposition de critères, de règles concernant le beau, le vrai et la mesure. S'appuyant sur la raison et les oeuvres de l'Antiquité gréco-romaine, ce courant se fonde sur l'imitation (de la nature et des Anciens).
Le théâtre et la fable (La Fontaine) en sont les genres privilégiés.
Les thèmes : le conflit entre la raison et la passion servant à montrer le triomphe de la raison et de l'ordre ou les passions humaines confrontées à la raison (dilemme) ; l'opposition entre la vertu et les défauts ; le devoir ; l'honneur, le sens de la mesure ; l'honnête homme; dans la tragédie: la fatalité, etc.
Les auteurs représentatifs : Corneille, Molière, Racine, La Fontaine.


Exemples :

Ce n'est que dans le sang qu'on lave un tel outrage;
Meurs ou tue!...
(Pierre Corneille)

Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j'attends. (Jean Racine)


LE SIÈCLE DES LUMIÈRES (XVIIIe siècle : 1700-1800)
Courant marqué par la réflexion philosophique qui réclame l'esprit critique, le libre exercice de la raison et l'accès aux connaissances (L'Encyclopédie). Le but des philosophes est d'éclairer les esprits en se fondant sur la nature et la raison. Comme la science s'est imposée au sujet des phénomènes naturels, le Classicisme a cherché la raison dans l'esprit humain et le siècle des Lumières cherchera la raison dans les phénomènes sociaux. Ainsi, seront critiquées les formes de pouvoir qui n'apparaissent pas naturelles (monarchie, religion, esclavage, guerres, etc.) en faveur de revendications pour la liberté, la justice et la tolérance.
L'ironie et la caricature caractérisent les écrits de ce siècle. Le récit ou le conte ainsi que l'essai en sont les genres privilégiés.
Les thèmes : la justice, la tolérance, la liberté, l'égalité, la connaissance, etc.
C'est en 1789 que les idées de ce siècle se sont incarnées par la Révolution française.
Les auteurs représentatifs : Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau.

Exemples :

Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander aux autres. [...] Toute autre autorité vient d'une autre origine que la nature. Qu'on examine bien et on la fera toujours remonter à l'une de ces deux sources: ou la force et la violence de celui qui s'en est emparé; ou le consentement de ceux qui s'y sont soumis par un contrat fait ou supposé entre eux et celui à qui ils ont déféré l'autorité. (Denis Diderot)

 

Il en est des manières et de la façon de vivre comme des modes : les Français changent de mœurs selon l'âge de leur roi. Le monarque pourrait même parvenir à rendre la nation grave, s'il l'avait entrepris. Le Prince imprime le caractère de son esprit à la Cour, la Cour à la Ville, la Ville, aux provinces. L'âme du souverain est un moule qui donne forme à toutes les autres. (Montesquieu)

 

Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. (Voltaire)

 

L'Homme est bon à l'état de Nature, mais la société le corrompt. (Rousseau)

 


LE ROMANTISME FRANÇAIS (1800-1850)
Courant s'opposant aux règles du Classicisme et à la suprématie de la raison défendue par les philosophes du siècle des Lumières. On veut obtenir la prépondérance du sentiment sur la raison en faisant coincider le sentiment avec la nature, en y mêlant la nostalgie, le souvenir, le rêve... C'est d'abord le lyrisme qui a caractérisé ce courant, tant sur le plan personnel (l'expression du moi: c'est le romantisme lyrique) que sur le plan social (c'est le romantisme social que Victor Hugo, avec le Cénacle qui regroupe les écrivains romantiques, va instituer et qui dénonce les injustices et l'oppression de l'individu).
Le théâtre, le roman et la poésie en sont les genres privilégiés.
Les thèmes : l'exotisme, le rêve, l'évasion, la nature, le souvenir, le passage du temps, l'histoire (personnelle ou sociale), le désespoir, la mélancolie, etc.
Les auteurs représentatifs : Chateaubriand, Hugo, Constant, Musset, Lamartine, Baudelaire.

Exemples :

Salut, bois couronnés d'un reste de verdure,
Feuillages jaunissants sur les gazons épars!
Salut, derniers beaux jours! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards
. (Lamartine)

 

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules;
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux, qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
(Hugo)

 


LE RÉALISME ET LE NATURALISME (1840-...)
Courant préconisant la description objective et fidèle des faits, des personnages et des lieux. Les écrivains réalistes s'intéressent à la vérité psychologique des personnages, aux classes sociales, notamment défavorisées, aux lieux miteux, à des aspects sordides de la vie que la littérature antérieure jugeait indignes d'être montrés. La description et la narration "neutre" en sont les principaux procécés. Le Naturalisme poussera plus loin en expliquant les conditions sociales par l'hérédité et en faisant du roman une sorte de "laboratoire sociale" (Zola).
Le roman en est le genre privilégié.
Les thèmes : les moeurs, la ville, la science, le peuple, les classes sociales, l'aspect documentaire, la vérité historique, etc.
Le auteurs représentatifs : Balzac, Maupassant, Flaubert, Zola.

Exemples:

Pour l'individu, rêves et réalité se contredisent :
Emma ne dormait pas. Elle rêvait : au galop de quatre chevaux, elle était emportée vers un pays nouveau. Les villes étaient de marbre blanc. (Flaubert)

 

Sur le plan social, on décrit la classe ouvrière et on dénonce les inégalités sociales :

Deux années s'écoulèrent pendant lesquelles les habitants de l'immeuble s'enfoncèrent dans la misère. Décembre apportait le chômage. (Zola)

 


LE PARNASSE (1850-1880)
Courant en poésie voulant se démarquer du romantisme et du réalisme en valorisant un esthétisme fondé sur le lyrisme impersonnel et la théorie de l'art pour l'art (la beauté la plus pure possible). Il revendique le droit de faire œuvre inutile, uniquement pour le beau. Les écrits qui en résultent sont des instantanés, sortes de bijoux essentiellement descriptifs (comme le réalisme) dont il suffit d'admirer les qualités esthétiques. Le Parnasse a revalorisé la versification classique et l'utilisation du mot rare.
La poésie en est le seul genre.
Les auteurs représentatifs : Gautier, Heredia, Leconte de Lisle, Banville.

Exemple :

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer , routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.
(Heredia)

 


LE SYMBOLISME (1880-1910)
Courant fondé sur la notion de symbole et sur la musicalité du vers, il cherche à exprimer les impressions et les états d'âme d'une réalité, plus idéale, que l'on croit superposée à la réalité immédiate et perceptible. Il a été le lieu des premières manifestations du vers libre et de la poésie en prose en plus de faire apparaître des images plus audacieuses, pré-surréalistes (comme les synesthésies, par exemple). Les éléments de la réalité sont transformés en un univers de signes, de symboles.
La poésie et, dans une moindre mesure, le théâtre en ont été les genres privilégiés.
Les thèmes : l'ailleurs, l'idéal, le mystère et le mysticisme, la sensualité, le langage, etc.
Les auteurs représentatifs : Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Mallarmé.

Exemple:

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
(Baudelaire)

 


LE SURRÉALISME (1920-1970)
Courant né du dadaïsme qui voulait tout nier, le surréalisme s'est d'abord posé en réaction à la Première Guerre mondiale. Exploitant le vers libre, il cherche à établir une sur-réalité en rapprochant des réalités habituellement éloignées dans le but d'établir une révélation, une nouveauté, une étincelle, une nouvelle façon d'approcher le réel. S'appuyant sur l'écriture automatique, le hasard objectif, l'association libre, les jeux, les rêves, les fantasmes, bref: l'imaginaire, ce courant veut faire parler l'inconscient de manière à libérer les désirs refoulés de l'individu.
La poésie en est le genre privilégié, bien que les arts visuels (peinture, sculpture, cinéma) en aient été fortement marqués.
Les thèmes : la liberté, le rêve, l'amour, le désir, la femme, le merveilleux, etc.
Les auteurs représentatifs : Breton, Éluard, Aragon, Desnos, Prévert.

Exemple:

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux.
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.
(Paul Éluard)

 


L'EXISTENTIALISME (1945-1960)
Courant marqué par les interrogations sur l'Être en général, sur l'existence vécue, son sens, sur l'engament et les projets. Il a inspiré son pendant : l'Absurde, qui montre la difficulté d'exister dans un monde absurde, dont le sens fait défaut.
Le roman et l'essai en sont les genres privilégiés.
Les thèmes : la morale, le sens de la vie, la difficulté d'exister, l'étrangeté du monde et de la vie, la liberté personnelle, l'engagement, etc.
Les auteurs représentatifs : Sartre, de Beauvoir, Camus, Ionesco.

Exemples:

L'existentialisme traitant de la liberté et de la responsabilité de l'être humain:
"Il y en a marre, finis les remords, les réserves, les restrictions. Personne n'est mon juge. Personne ne peut décider pour moi." Il décida sans remords, en connaissance de cause. Il s'approcha et se mit à tirer debout. Mathieu tira, il était libre! (Jean-Paul Sartre)

 

L'absurde (désintégration de l'intrigue, du discours et du personnage):

- Jean : Après tout, les rhinocéros sont des créatures comme nous qui ont droit à la vie au même titre que nous! - Bérenger : À condition qu'elles ne détruisent pas la nôtre. - Jean : Tout de même, nous avons notre morale à nous! - Bérenger : J'en ai assez de la morale. - Jean : Que mettriez-vous à la place? - Bérenger : La nature! (Eugène Ionesco)

 


LE NOUVEAU ROMAN (1955-1975)
Courant caractérisé par la recherche formelle sur le récit. Ce courant veut renouveler le genre narratif par des jeux formels (multiplicité des voix narratives et des focalisations, transgression de la temporalité, etc.) en réduisant l'histoire et le personnage (le contenu, l'histoire) au maximum, allant jusqu'à sa disparition au profit de la description minitieuse, presque millimétrique (le décor subordonne le personnage quand il ne le cache carrément pas).
Le roman et le cinéma en sont les genres privilégiés.
Les thèmes: l'anonymat, l'errance, le voyage, le piétinement et l'absurdité d'une quête, l'importance du visuel, le regard hyper-réel sur le monde, l'incommunicabilité, etc.
Les auteurs représentatifs : Robbe-Grillet, Butor, Sarraute, Duras, Toussaint, etc.

Exemple:

Ces corps sont au nombre de cinq, groupés sur trois ou quatre marches de hauteur, dans la moitié gauche de celles-ci, à proximité plus ou moins grande de la rampe, qui se déplace, elle aussi, du même mouvement, mais rendu plus insensible encore, plus douteux, par la forme même de cette rampe, simple ruban épais de caoutchouc noir, à la surface unie, aux deux bords rectilignes, sur lequel aucun repère ne permet de déterminer la vitesse, sinon les deux mains qui se trouvent posées dessus, à un mètre environ l'une de l'autre, tout en bas de l'étroite bande oblique dont la fixité partout ailleurs semble évidente, et qui progressent d'une façon continue, sans à-coup, en même temps que l'ensemble du système. ("L'escalier mécanique", Alain Robbe-Grillet)

 


LE RÉALISME SUBJECTIF (1980-2005)
Courant qui marque un retour à un contenu plus conventionnel (moins expérimental) que le Nouveau Roman ou la recherche de nouvelles formes d'expression (comme on a vu au théâtre et en poésie). Sous l'impulsion de la littérature féministe des années 70-80 qui a mis de l'avant des préoccupations liées au corps, à l'intimité et à la difficulté d'être (avec soi-même, avec les autres) et sous l'impulsion de la montée de l'individualisme triomphant et du néolibéralisme (de plus en plus dominant dans les années 80-90), ce courant met en scène la performance (et souvent la réussite) de l'individu confronté à un univers difficile ou à des rapports humains difficiles qui souvent expliquent un certain repli sur soi. On revient à un réalisme qui a comme décor de fond la quotidienneté et la vie "ordinaire" (ce dont se contente souvent de décrire la poésie) et qui met en scène des personnages "ordinaires", généralement aux prises avec des situations plus ou moins extraordinaires qu'ils doivent apprendre à traverser (ce qui est surtout le cas dans le roman et le théâtre). On parlera ainsi de récit d'apprentissage dans lequel le héros présente au lecteur une réalité singulière à travers son propre regard (la narration, souvent en focalisation transposée, présente une version du réel marquée par un lyrisme prégnant -- on est conscient de la d@?formation représentative en ne croyant plus au mythe de l'illusion réaliste qui voulait la reproduction fidèle et "objective" de la réalité) et une quête d'identité personnelle (et non plus collective, comme dans les décennies précédentes). Ainsi, le héros est amené à créer sa propre morale à travers différentes tranches de vie (facture autobiographique ou biographique où souvent se confondent le réel et le fictif). L'écriture se rapproche davantage de la chronique que du reportage, de l'expression personnelle de sa réalité plus que de l'expression neutre d'une réalité (on ne sauve plus le monde, on sauve son monde). Sur le plan de la forme, on récupère les trouvailles précédentes (en poésie: écriture elliptique et minimaliste; dans le récit: polyphonie narrative, désordre chronologique, etc.), on efface les frontières entre les genres (le roman est un journal intime ou une correspondance, par exemple), on mélange volontiers les tonalités (l'humour côtoie le tragique rendant ainsi l'insupportable supportable) et on multiplie les clins d'œil intertextuels (citations plus ou moins conformes d'autres œuvres appartenant à la culture savante ou même populaire ; recyclage d'anciens mythes; reconstitution biographique ou historique; etc.).

 

 

 

 

2.2 la littérature québécoise

LE TERROIR OU LE RÉGIONALISME (1850-1945)
Courant réaliste décrivant les moeurs et les travaux associés à la vie rurale (travail de la terre). Ce courant, soumis aux dogmes religieux, valorise la tradition (famille, religion, race francophone) et dénonce les dangers de la ville. Son motif est de défendre le statu quo , c'est-à-dire la vie paisible et surtout pas contestataire des paysans francophones installés au Québec.
Le roman et la poésie en sont les genres dominants.
Les thèmes : la nature, le travail paysan, la terre, la religion, la filiation, la race (nationalisme primaire), etc.
Les auteurs représentatifs : Hémon, Ringuet, F.A. Savard, Guèvremont, Laberge (anti-terroir).

 


LA LITTÉRATURE SOCIALE, récits de la ville (1945-1950)
Courant réaliste cherchant à décrire la vie des anciens paysans venus s'établir en ville et qui doivent s'adapter aux conditions difficiles de la vie urbaine et du travail ouvrier.
Le roman en est le genre privilégié.
Les thèmes : la vie ouvrière, la pauvreté, les difficultés de survie urbaine, la ville, etc.
Les auteurs représentatifs : Gabrielle Roy, Roger Lemelin, Jean-Jules Richard.

 


LE RÉCIT PSYCHOLOGIQUE (1945-1960)
Courant succédant au terroir et voulant dominer la littérature sociale. Ce courant explore les problèmes moraux qui se posent à l'individu. Il veut se démarquer du terroir en ayant des préoccupations universelles centrées sur l'individu (l'âme humaine déchirée entre la loi et le désir). Il explore le monde intérieur des personnages (plus qu'extérieur, comme le roman social).
Le roman et le théâtre en sont les genres privilégiés.
Les thèmes : le bien contre le mal, la famille comme autorité, le cosmopolitisme, l'engagement moral, etc.
Les auteurs représentatifs : Loranger, Dubé, Langevin, Vac.

 


LA LITTÉRATURE ENGAGÉE (1960-1975)
Courant visant à défendre une cause, une idéologie, il a dénoncé l'aliénation de la société québécoise et de ses habitants par le pouvoir religieux et anglophone tout en proclamant la nécessité de la libération nationale sur le plan politique. Inscrit dans la foulée de la Révolution tranquille, il met en évidence la langue franco-québécoise (le joual) et l'existence d'une littérature nationale.
La poésie, le théâtre et l'essai en sont les genres privilégiés.
Les thèmes : l'identité, la nation, le peuple, la notion de territoire québécois, la contestation des institutions traditionnelles (famille et religion, surtout), etc.
Les auteurs représentatifs : Miron, Godin, Ferron, Chamberland, Aquin, Ducharme, Blais, Godbout, Tremblay, etc.

 


LE RÉALISME SUBJECTIF (1980-2005)
Courant qui marque un retour à un contenu plus conventionnel (moins expérimental) que le Nouveau Roman ou la recherche de nouvelles formes d'expression (comme on a vu au théâtre et en poésie). Sous l'impulsion de la littérature féministe des années 70-80 qui a mis de l'avant des préoccupations liées au corps, à l'intimité et à la difficulté d'être (avec soi-même, avec les autres) et sous l'impulsion de la montée de l'individualisme triomphant et du néolibéralisme (de plus en plus dominant dans les années 80-90), ce courant met en scène la performance (et souvent la réussite) de l'individu confronté à un univers difficile ou à des rapports humains difficiles qui souvent expliquent un certain repli sur soi. On revient à un réalisme qui a comme décor de fond la quotidienneté et la vie "ordinaire" (ce dont se contente souvent de décrire la poésie) et qui met en scène des personnages "ordinaires", généralement aux prises avec des situations plus ou moins extraordinaires qu'ils doivent apprendre à traverser (ce qui est surtout le cas dans le roman et le théâtre). On parlera ainsi de récit d'apprentissage dans lequel le héros présente au lecteur une réalité singulière à travers son propre regard (la narration, souvent en focalisation transposée, présente une version du réel marquée par un lyrisme prégnant -- on est conscient de la d@?formation représentative en ne croyant plus au mythe de l'illusion réaliste qui voulait la reproduction fidèle et "objective" de la réalité) et une quête d'identité personnelle (et non plus collective, comme dans les décennies précédentes). Ainsi, le héros est amené à créer sa propre morale à travers différentes tranches de vie (facture autobiographique ou biographique où souvent se confondent le réel et le fictif). L'écriture se rapproche davantage de la chronique que du reportage, de l'expression personnelle de sa réalité plus que de l'expression neutre d'une réalité (on ne sauve plus le monde, on sauve son monde). Sur le plan de la forme, on récupère les trouvailles précédentes (en poésie: écriture elliptique et minimaliste; dans le récit: polyphonie narrative, désordre chronologique, etc.), on efface les frontières entre les genres (le roman est un journal intime ou une correspondance, par exemple), on mélange volontiers les tonalités (l'humour côtoie le tragique rendant ainsi l'insupportable supportable) et on multiplie les clins d'œil intertextuels (citations plus ou moins conformes d'autres œuvres appartenant à la culture savante ou même populaire ; recyclage d'anciens mythes; reconstitution biographique ou historique; etc.). On peut inclure dans ce courant ce que certains classent dans la littérature intimiste et dans la littérature dite métissée (qui met en scène une thématique liée à l'origine culturelle et à l'intégration de l'immigrant dans la société québécoise) dans la mesure où les textes de ces genres (plus que courants) répondent aux caractéristiques du réalisme subjectif.

 

 

 

 

Note au sujet de la poésie québécoise


Jusqu'au début des années 1960, la poésie québécoise a souvent été influencée par les courants français mais généralement avec un décalage de quelques décennies :

romantisme : Fréchette, Lemay (fin du XIXe siècle)
romantisme et symbolisme (idéalisme, exotisme) : Nelligan, Saint-Denys Garneau, Anne Hébert (première moitié du XXe siècle)
surréalisme (automatisme) : Giguère, Lapointe, Gauvreau (1950...)